

La Jensen Interceptor GTX
Comment redonner vie à une marque automobile pratiquement disparue depuis un demi-siècle ? On la fait renaître sous la forme d'un monstre – avec 973 PS issus d'un V8 suralimenté de 6,8 litres. On s'occupera du reste plus tard.
D'autres constructeurs développent d'abord une Gran Turismo confortable, puis en construisent un peu plus tard une version radicale destinée aux circuits. Chez Jensen, c'est l'inverse. La nouvelle Interceptor GTX n'est pas homologuée pour la route, ne fait aucun cas des disques intervertébraux fragiles et est dotée d'un aileron arrière sur lequel on pourrait probablement poser une maison individuelle. Ce n'est que lorsque cette bête fonctionnera qu'on en fera des voitures civilisées.

Jensen a toujours été un peu à part. L’Interceptor originale de 1966 alliait un design italien à l’excentricité britannique et à un V8 américain. Une voiture à l’image d’un gentleman anglais qui ferait confectionner son costume en tweed à Milan pour se rendre au cinéma en plein air.
6,8 litres à contre-courant de l’air du temps

Au lieu d’une plateforme électrique, d’une réduction de cylindrée ou d’un hybride rechargeable, le long avant du véhicule abrite un V8 de 6,8 litres suralimenté. Bien que ce moteur soit basé sur la famille de moteurs LT de General Motors, il a été tellement remanié par le spécialiste américain LME qu’il ne resterait plus que moins de 20 % des composants d’origine. Résultat : 960 bhp, soit environ 973 PS. Et il ne s’agit apparemment là que du réglage « poli ». Techniquement, le moteur serait conçu pour développer jusqu’à 1 200 bhp, soit plus de 1 200 PS. La puissance est transmise exclusivement aux roues arrière. Entre le moteur et celles-ci se trouvent un arbre de transmission en carbone et une boîte de vitesses séquentielle à six rapports située sur l’essieu arrière.

Avec ses 1 660 kilogrammes, la GTX est en outre étonnamment légère pour une GT moderne de haute performance. Le moteur, largement reculé vers l’arrière, assure une répartition du poids de 49:51. À cela s’ajoutent des suspensions à double triangulation à l’avant et à l’arrière, des amortisseurs Nitron réglables, des freins AP Racing et des pneus Michelin Pilot Sport 4S à la place de pneus slicks de course. Ce n’est donc pas un modèle destiné aux préretraités, mais plutôt aux sportifs de haut niveau.
Cobaye à aileron arrière

À strictement parler, la GTX n’est pas vraiment un retour. Jensen la qualifie de prototype roulant et de véhicule de développement. Elle est désormais destinée à avaler des kilomètres sur circuit, à mettre les composants à rude épreuve et à collecter des données. Le développement se fera ensuite à rebours.
Sont prévus dans un premier temps l’Interceptor GTR homologué pour la route, puis l’Interceptor GT, plus confortable, à quatre places. Même une boîte manuelle et une boîte automatique à huit rapports sont à l’étude pour les versions routières.
Mais leur construction effective dépendra du nombre de clients intéressés. C’est peut-être ce qui fait de la Jensen Interceptor GTX le concept-car le plus honnête au monde : elle ne promet aucun avenir. Elle prend d’abord la route et voit si quelqu’un la suit. Il existe des façons moins amusantes de faire renaître une marque automobile.
Photos : Jensen


